Empreintes 22 : Christian DUPASQUIER

«Ils se sont endormis dans la funèbre épreuve.

Verdun, leur immortelle et pantelante veuve..»

(Anna de Noailles, Novembre 1916)

VERDUN OU LE FESTIN CANNIBALE

De tranchée en tranchée ont pourri les vareuses

Des poilus empalés, des boches au bûcher.

Le petit paysan vit la Grande Faucheuse

A l'étal des bouchers tous ces corps embrocher.

De tranchée en tranchée un corbeau de cocagne

Veille le lourd sommeil des soldats oubliés.

Seul encore gémit le vent sur la campagne

Vide de tous ses fils aux moissons de juillet.

De tranchée en tranchée les foudres de la guerre

Ont tranché les totems du dieu Mars moribond

Et jeté aux enfers tous ces braves naguère

Suppliciés. Sacrifiés, là colombes de plomb.

De tranchée en tranchée des héros le sérail

Est tombé çà et là sous l'infâme mitraille,

Peur au ventre en avant tout nouant les entrailles...

De boyau en boyau sous la pluie de grenaille.

Là, des gerbes de sang sur le champ de bataille,

Là, poitrails exsangues pour funèbres ripailles...

De boyau en boyau, de tranchée en tranchée,

De canon en canon, misérables hochets.

Farandoles d'éclairs au jardin de Tantale,

Au chevet de l'Espoir démentes bacchanales.

Retour à l'accueil